Méningiome et pilule : de quoi parle-t-on ?

Vous avez certainement vu des informations alarmistes relayées récemment concernant « la pilule », sur les réseaux et dans les médias plus officiels. Vous avez même peut-être reçu un courrier de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM).

Nouveau scandale médical ou énième pill scare ?

Désogestrel 75 µg et méningiome : définitions et mise en contexte

En septembre 2026, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) adresse un courrier personnalisé à environ 1,6 million de femmes ayant eu une délivrance remboursée de désogestrel 75 µg (contraception microprogestative « en continu » courante) au cours des douze derniers mois. L’objectif annoncé est de les informer d’un risque rare de méningiome associé à cette contraception et de leur permettre d’en discuter avec leur médecin ou leur sage-femme. [1]

Cette information peut être inquiétante lorsqu’elle arrive par courrier, notamment lorsque le mot « tumeur » est lu avant les chiffres permettant d’en comprendre la fréquence.

Les données disponibles montrent pourtant deux choses à la fois :
– le risque existe et doit désormais être intégré à la balance bénéfices-risques ;
– en valeur absolue, il reste très faible. [1–3]

Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) estime ainsi que ces nouvelles données ne justifient « ni inquiétude excessive, ni modification urgente de contraception » et considère que la balance bénéfices-risques reste très favorable pour l’immense majorité des utilisatrices. [4]

En pratique, il n’est recommandé ni d’arrêter brutalement sa contraception, ni de consulter en urgence uniquement à cause de ce courrier, ni de réaliser systématiquement une IRM cérébrale en l’absence de symptômes. [1,4]

Qu’est-ce qu’un méningiome ?

Un méningiome est une tumeur qui se développe à partir des méninges, les enveloppes situées autour du cerveau. C’est l’une des tumeurs primitives les plus fréquentes du système nerveux central.

Il s’agit le plus souvent d’une tumeur non cancéreuse, généralement d’évolution lente. Selon sa taille et sa localisation, un méningiome peut néanmoins exercer une pression sur certaines structures neurologiques, provoquer des symptômes et parfois nécessiter une intervention chirurgicale. [1]

Dans la population générale, l’ANSM indique qu’environ 9 à 10 nouveaux cas de méningiome sont diagnostiqués chaque année pour 100 000 personnes. [1]

Quel lien avec les progestatifs

Le méningiome est 2 à 3 fois plus souvent présent chez les femmes que chez les hommes, les scientifiques se sont donc penchés sur l’explication de cette différence. Les méningiomes expriment fréquemment des récepteurs à la progestérone (PR), ce qui suggère une sensibilité biologique à ce type d’hormone.

Les données concernant les variations hormonales que l’on produit nous-même, notamment pendant la grossesse, sont plus complexes et ne sont pas directement comparables à celles concernant l’exposition prolongée à certains progestatifs médicamenteux.


Dans les études épidémiologiques concernant la progestatifs de synthèse, les associations les plus fortes ont été observées initialement avec notamment plusieurs macroprogestatifs utilisés à doses relativement élevées, ainsi que d’autres traitements progestatifs fortement dosés. Le sur-risque est surtout retrouvé lors d’expositions prolongées. Ces traitements correspondent à des profils d’exposition très différents de ceux des contraceptions progestatives microdosées courantes. Ces molécules ont été utilisées dans des indications variées, notamment gynécologiques, contraceptives ou hormonales, parfois à doses élevées et pendant des durées prolongées. Certaines ont également eu des indications plus spécifiques, notamment antiandrogéniques pour l’acétate de cyprotérone. [9–11]

Le sujet actuel n’est donc pas l’apparition d’un nouveau « cancer provoqué par la pilule », mais l’existence d’un faible sur-risque de méningiome intracrânien, une tumeur généralement bénine, en particulier après une utilisation prolongée du désogestrel 75 µg. [2,3]

Le désogestrel : quelles données ?

Les principales données françaises proviennent d’une étude menée par EPI-PHARE, groupement associant l’ANSM et l’Assurance Maladie, à partir du Système National des Données de Santé (SNDS). [2]

Il s’agit d’une étude cas-témoins nationale portant sur 8 391 femmes opérées d’un méningiome intracrânien entre 2020 et 2023, comparées à 83 910 femmes témoins de même année de naissance et de même zone géographique. [2,3]

L’étude s’est notamment intéressée à l’utilisation de désogestrel 75 µg et à la durée de cette utilisation. Point important : le critère étudié était le méningiome intracrânien ayant nécessité une intervention chirurgicale.

Les chiffres qui suivent ne correspondent donc pas à l’ensemble des petits méningiomes qui pourraient éventuellement être découverts fortuitement au cours d’une imagerie réalisée pour une autre raison. [2,3]

Autrement dit, la grande majorité des méningiomes ne sont pas liés à la prise d’un traitement progestatif. En revanche, certains progestatifs sont associés à un sur-risque de méningiome, dont l’importance varie fortement selon la molécule et la durée d’exposition.


Quel est le risque ?

L’étude retrouve une augmentation faible du risque chez les utilisatrices actuelles de désogestrel 75 µg.

Cette augmentation dépend surtout de la durée d’exposition. Pour les utilisations de courte durée, l’étude n’a pas mis en évidence d’augmentation statistiquement significative. En revanche, le risque devient significativement augmenté après plus de cinq années d’utilisation continue. [2,3]

Après plus de cinq ans de prise, l’odds ratio observé est d’environ 1,7.
Après sept ans ou davantage, il est d’environ 2,1. [2,3]

On pourrait donc résumer cela en disant que, lors d’une utilisation très prolongée, le risque relatif peut approximativement doubler. Mais ce chiffre n’a de sens que si l’on regarde également le risque absolu.

1 sur 67 000 : remettre le chiffre dans son contexte

EPI-PHARE estime qu’il faut exposer en moyenne environ 67 000 femmes au désogestrel 75 µg pour observer un cas supplémentaire de méningiome intracrânien opéré attribuable à cette exposition, chiffres repris par l’ANSM qui nous a envoyé les fameux courriers et le CNGOF. Cela correspond à un excès de risque absolu estimé d’environ 0,0015 % pour un méningiome intracrânien nécessitant une chirurgie.

En cas d’utilisation pendant plus de cinq ans, il faut exposer environ 17 000 femmes pour observer un cas supplémentaire de méningiome opéré par rapport aux femmes non exposées. [2]

Autrement dit le risque n’est pas nul, mais il est très faible.

« Le risque est multiplié par deux » : pourquoi cette phrase peut induire en erreur si elle est isolée

Un risque relatif peut paraître spectaculaire lorsqu’il est présenté sans son risque de départ.

Dire qu’un événement est « deux fois plus fréquent » ne permet pas de savoir s’il passe, par exemple de 10 % à 20 %, de 1 % à 2 % ou d’un événement extrêmement rare à un événement qui reste extrêmement rare.

Dans le cas du désogestrel, l’augmentation relative observée après une exposition prolongée correspond à un événement supplémentaire pour plusieurs dizaines de milliers de personnes exposées. [1,2]

Présenter uniquement le « risque multiplié par deux » sans donner le risque absolu donne donc une information incomplète.

C’est également l’un des points de vulgarisation développés par Thelma Linet dans les ressources Formagyn consacrées aux progestatifs et au méningiome. [7,8]

Qui est davantage concerné ?

Le risque n’est pas identique dans toutes les situations.

La durée d’utilisation

Le signal augmente avec la durée d’exposition et devient particulièrement visible après cinq années d’utilisation continue. [1–3]

L’âge

Le risque concerne davantage les femmes de plus de 45 ans. L’ANSM recommande donc une attention particulière à la pertinence du maintien d’une contraception par désogestrel à partir de cet âge. [1,5].
Cela ne signifie pas qu’une personne de plus de 45 ans prenant du désogestrel doit arrêter son traitement : cela signifie que la balance bénéfices-risques mérite d’être réévaluée individuellement.

Historique de contraception

Le risque est également plus important lorsqu’une personne a été précédemment exposée à certains progestatifs déjà connus pour être fortement associés au méningiome.

L’ANSM cite notamment l’acétate de cyprotérone, l’acétate de nomégestrol, l’acétate de chlormadinone, la médrogestone et l’acétate de médroxyprogestérone. [1,5]

L’historique des traitements hormonaux fait donc partie des informations utiles lors de la réévaluation d’une contraception. Pensez à garder une trace des traitements que vous avez pris au cours de votre vie.

Tous les progestatifs présentent-ils le même risque ?

Non.

Le terme « progestatif » regroupe plusieurs molécules, et les données disponibles ne montrent pas le même niveau de risque pour toutes.
EPI-PHARE souligne notamment que l’amplitude du risque observé avec le désogestrel est très inférieure à celle précédemment mise en évidence avec certains autres progestatifs. [2]

Dans son support pédagogique consacré au sujet, Thelma Linet résume cette distinction en présentant le signal comme important pour certains progestatifs, notamment le DMPA, et comme faible pour le désogestrel 75 µg. [8]

Il faut donc éviter deux raisonnements opposés mais également incorrects « Certains progestatifs augmentent fortement le risque de méningiome, donc tous les progestatifs présentent le même risque. » ou « Le risque est faible avec le désogestrel, donc tous les traitements progestatifs sont équivalents. »

Les données doivent être examinées molécule par molécule.

Une étude observationnelle ne répond pas à toutes les questions

L’étude EPI-PHARE présente un avantage majeur : utiliser les données de santé de plusieurs millions de personnes permet d’étudier un événement suffisamment rare pour qu’il soit très difficile de l’observer dans un essai clinique classique. [2]

Il s’agit néanmoins d’une étude observationnelle et non d’un essai randomisé.

Une association statistique peut donc être influencée par certaines caractéristiques différentes entre les personnes recevant ou non un traitement.

Dans son support pédagogique Formagyn, Thelma Linet attire notamment l’attention sur de possibles biais de prescription : certaines situations médicales ou gynécologiques peuvent conduire plus fréquemment à prescrire une contraception progestative plutôt qu’une autre méthode. [8]

Elle cite notamment, comme pistes d’interprétation, le contexte du post-partum, une exposition antérieure à d’autres progestatifs plus fortement associés au méningiome ou certaines situations ayant conduit à éviter les contraceptions œstroprogestatives. [8]

Ces remarques n’invalident pas le signal observé par EPI-PHARE. Elles rappellent simplement qu’un odds ratio mesuré dans une étude de population n’est pas la « probabilité personnelle » de développer un méningiome et qu’il doit être interprété avec le contexte médical individuel de chacun·e.

La balance bénéfice / risque

Un effet indésirable ne résume pas la santé globale. Une étude portant sur le méningiome répond à une question précise : observe-t-on davantage de méningiomes chez les personnes exposées ? Elle ne mesure pas simultanément tous les bénéfices et tous les risques possibles du traitement.

Identifier un effet indésirable est indispensable, mais cet effet doit ensuite être replacé dans l’évaluation globale du traitement.

Le CNGOF rappelle ainsi que le désogestrel est une contraception efficace et qu’il peut également avoir une utilité thérapeutique dans certaines situations gynécologiques. Il cite notamment son utilisation dans l’endométriose symptomatique, avec une diminution des douleurs et des saignements chez certaines patientes. [4]

Les effets indésirables sont visibles ; pas les événements évités

Il existe également une asymétrie intuitive dans notre perception des risques et des bénéfices.

Lorsqu’un effet indésirable survient, il est concret : une personne développe un problème médical qui peut être identifié et comptabilisé. À l’inverse, une grossesse non désirée qui n’a pas eu lieu grâce à une contraception efficace n’est jamais observée comme un événement. La personne protégée d’un risque ne saura jamais qu’elle a été concernée par la prévention de celui-ci.

Une balance bénéfices-risques ne peut pas être évaluée uniquement à partir des événements indésirables qui deviennent visibles, elle doit prendre en compte les risques statistiquement évités.

Quels sont les bénéfices et intérêts de Désogestrel 75µg ?

Au-delà du risque de méningiome, les microprogestatifs ont aussi plusieurs bénéfices importants, qui doivent être intégrés à l’évaluation globale de la contraception. Leur principal intérêt est de permettre une contraception efficace sans estrogène, notamment lorsque celui-ci est contre-indiqué ou mal toléré. [13,14]
Les bénéfices énoncés ici ne sont ni exhaustifs ni absolus.

Sur le plan cardiovasculaire, les pilules microprogestatives présentent notamment l’avantage de ne pas augmenter le risque thromboembolique veineux comme le font les contraceptions contenant des estrogènes. Elles peuvent ainsi être utilisées dans de nombreuses situations où les estrogènes sont contre-indiqués. Concernant le risque artériel d’AVC ou d’infarctus, les données sont moins univoques : une grande étude danoise récente retrouve une faible augmentation relative du risque avec les pilules progestatives seules, sur des risques absolus qui restent faibles. [12,13,22]
Cette constatation ne s’applique pas forcément à tous les progestatifs injectables, notamment à l’acétate de médroxyprogestérone dépôt.

Le désogestrel 75 µg peut également modifier favorablement les règles chez certaines femmes. Dans les essais cliniques, il augmente notamment la fréquence de l’aménorrhée (absence de saignements cycliques) et une diminution des saignements est souvent observée au cours du temps, même si des saignements irréguliers restent fréquents, surtout au début du traitement. [14]

Les progestatifs ont également un intérêt dans l’endométriose. Un essai randomisé utilisant spécifiquement le désogestrel 75 µg a montré une diminution significative des douleurs pelviennes et de la dysménorrhée chez des femmes atteintes d’endométriose. [15]

Concernant le cancer de l’endomètre, l’effet protecteur des contraceptifs oraux contenant un oestrogène et un progestatif est bien établi. Pour les contraceptions exclusivement progestatives, les données sont beaucoup moins nombreuses. Une grande cohorte danoise retrouvait un risque plus faible chez les utilisatrices de contraceptifs progestatifs seuls autres que le DIU au lévonorgestrel (RR 0,61), mais avec un intervalle de confiance large et non significatif (0,27–1,37). [16]
On peut donc parler d’un effet protecteur possible, cohérent avec l’action connue antiproliférative des progestatifs sur l’endomètre, en l’attente d’études significatives. [17]

Concernant les cancers de l’ovaire et du côlon, leur diminution est bien documentée chez les utilisatrices de contraceptifs oraux dans leur ensemble, mais ces résultats proviennent également essentiellement des contraceptions oestro-progestatives.[18,19]

Le désogestrel reste-t-il une option contraceptive ?

Oui, pour l’immense majorité des utilisatrices.

Dans son communiqué du 15 septembre 2026, le Collège National des Gynécologues Obstétriciens de France (CNGOF) considère que le nouveau signal ne modifie pas fondamentalement la balance bénéfices-risques et indique que celle-ci reste « très favorable pour l’immense majorité des utilisatrices ». [4]

Il rappelle également que le désogestrel reste une méthode contraceptive fiable et efficace. [4]

La découverte d’un effet indésirable rare ne signifie donc pas automatiquement qu’un traitement devient une « mauvaise contraception ». Elle signifie qu’une information nouvelle doit désormais être intégrée à la discussion.

Une communication de l’ANSM qui fait débat

Il faut ici distinguer deux sujets :
1. l’existence du signal scientifique, documentée par l’étude EPI-PHARE ;
2. la manière de communiquer ce risque à environ 1,6 million de personnes.

Sur ce deuxième point, certains professionnels ont exprimé publiquement des réserves. [6,7]

Interrogé sur RTL le 10 septembre 2026, le Dr Geoffroy Robin, gynécologue et secrétaire général du CNGOF, insiste sur le caractère extrêmement faible du risque absolu et déconseille de consulter en urgence après réception du courrier. [6]

Interrogé sur les raisons de cet envoi massif, il évoque lui-même l’hypothèse d’une « espèce d’implication un peu médico-légale ». Il s’agit bien d’une interprétation personnelle de Geoffroy Robin, et non d’une motivation déclarée par l’ANSM, partagée par d’autres soignants.

De son côté, l’ANSM explique officiellement que l’Agence a choisi d’informer directement les personnes concernées après la recommandation européenne d’ajouter le risque de méningiome aux notices, afin qu’elles disposent d’une information actualisée et puissent en discuter lors d’une consultation de routine. [1]

Pourquoi parler de « pill scare » ?

Le terme pill scare désigne ici son interprétation d’un phénomène déjà observé en contraception : la médiatisation d’un risque peut susciter une peur importante et entraîner des changements ou arrêts rapides de contraception, alors que l’ordre de grandeur du risque et les conséquences d’un arrêt sont moins visibles.

Il s’agit notamment d’un terme employé par la brillante Dre Thelma LINET au sujet de cet épisode. Elle met notamment en garde contre le risque de reproduire certains mécanismes observés lors de précédentes controverses sur la contraception hormonale. [8]

Elle pose néanmoins une question utile en communication en santé : comment informer loyalement sur un risque réel et rare sans le minimiser, mais sans non plus donner l’impression qu’il est beaucoup plus fréquent qu’il ne l’est réellement ?

Faut-il arrêter sa contraception ?

Non. En tout cas, ce risque à lui seul ne le justifie pas. Evidemment, il est toujours possible de rediscuter du choix de contraception et ce choix vous appartient.

L’ANSM recommande aux personnes utilisant du désogestrel de poursuivre normalement leur contraception et de ne pas l’arrêter sans avis médical. [1]

Un arrêt brutal expose notamment à un risque de grossesse non désirée. [1,4]

Le CNGOF indique également qu’il n’existe aucune raison de consulter en urgence uniquement pour réévaluer sa contraception après réception du courrier. [4]

Si votre contraception vous convient et que vous ne présentez pas de situation particulière, le sujet peut généralement être discuté lors d’une consultation de routine. [1]

Impact de ces données sur votre suivi

Faut-il faire une IRM ?

Pas systématiquement.

  • L’ANSM indique explicitement qu’une IRM cérébrale ne doit pas être réalisée systématiquement en raison du très faible risque absolu. [1]
  • Le CNGOF partage cette recommandation et indique qu’en l’absence de symptômes, aucun dépistage systématique n’est recommandé. [4]
  • Une IRM peut notamment être envisagée en présence de symptômes évocateurs. [1]

Une situation particulière existe également lors de l’instauration du désogestrel chez une personne ayant été précédemment exposée pendant plus d’un an à certains progestatifs fortement associés au méningiome : une IRM peut alors être proposée selon les recommandations de l’ANSM. [1,5]

Quels symptômes doivent amener à consulter ?

L’ANSM recommande de demander un avis médical (notamment à votre sage-femme, généraliste ou gynécologue) en cas de symptômes pouvant évoquer un méningiome, notamment :

  • des maux de tête persistants ;
  • des troubles de la vision ;
  • une faiblesse dans un bras ou une jambe ;
  • des troubles de l’équilibre ;
  • des troubles du langage ;
  • des troubles de la mémoire ;
  • une épilepsie nouvelle ou aggravée. [1]

L’ANSM mentionne également parmi les manifestations possibles les vertiges, certains troubles de l’audition ou de l’odorat et les convulsions. [1]

Ces symptômes sont peu spécifiques et peuvent avoir de nombreuses autres causes. Leur présence ne signifie donc pas qu’un méningiome est présent : elle justifie une évaluation médicale permettant de décider si des examens complémentaires sont nécessaires.

Et si j’ai déjà eu un méningiome ?

L’ANSM indique que les contraceptifs contenant du désogestrel ou de l’étonogestrel ne doivent pas être utilisés en cas de méningiome actuel ou d’antécédent de méningiome. [1]
Une surveillance adaptée neuro-radiologique vous sera proposée.

Bonne nouvelle : pour les méningiomes associés à certains progestatifs fortement liés à ce risque, notamment l’acétate de cyprotérone, le nomégestrol ou la chlormadinone, l’arrêt est fréquemment suivi d’une stabilisation ou d’une régression tumorale. Dans ces séries, une simple surveillance permet souvent d’éviter une chirurgie.
On ne dispose cependant pas encore de données équivalentes spécifiques au désogestrel 75 µg, même si l’on peut émettre l’hypothèse d’un fonctionnement comparable. [20,21]

Dans les données disponibles, le sur-risque de méningiome n’était plus observé plus d’un an après l’arrêt du désogestrel 75 µg. [2,3]

Il est donc important de signaler cet antécédent au professionnel de santé qui prescrit la contraception, et plus généralement aux professionnels de santé susceptibles de prescrire des traitements hormonaux ou d’avoir besoin de faire des liens avec des symptômes neurologiques, c’est à dire la majorité de vos soignants.

En conclusion

Que faire concrètement si je prends du désogestrel ?

Vous allez bien, votre contraception vous convient et vous n’avez pas de symptôme particulier

Continuez votre contraception et ne l’arrêtez pas seule. [1]

Il n’est pas nécessaire de prendre un rendez-vous en urgence uniquement en raison du courrier reçu. [1,4]
La question pourra être discutée lors de votre suivi habituel.
Cependant, vous êtes bienvenu·e pour discuter de votre contraception si vous n’êtes pas rassuré·e.

Une bonne contraception est une contraception avec laquelle on est en confiance sur son rapport bénéfice/risque.

Une discussion mérite particulièrement d’avoir lieu si :

  • vous avez plus de 45 ans ; [1,5]
  • vous utilisez du désogestrel depuis plusieurs années, notamment depuis plus de cinq ans ; [1,2]
  • vous avez déjà utilisé certains autres progestatifs associés à un risque plus important de méningiome ; [1,2]
  • vous avez un antécédent de méningiome ; [1]
  • vous présentez des symptômes neurologiques inhabituels ; [1]
  • ou cette information modifie simplement votre perception de votre contraception et vous souhaitez rediscuter des différentes possibilités.

Réévaluer ne signifie pas obligatoirement changer

L’ANSM recommande que la contraception soit réévaluée chaque année avec le médecin ou la sage-femme, en tenant compte des besoins de la personne et de son état de santé. [1]

L’objectif n’est donc ni de conclure que : « le désogestrel est dangereux et doit être arrêté » ni que « le risque est tellement faible qu’il ne mérite pas d’être discuté ».

L’objectif est de disposer d’une information plus complète pour prendre une décision médicale partagée.

  • Le désogestrel 75 µg est associé à un très faible sur-risque de méningiome intracrânien opéré, principalement lors des utilisations prolongées. [2,3]
  • Le risque augmente notamment après plus de cinq ans d’utilisation. [1,2]
  • Après plus de sept ans, le risque relatif observé est environ doublé, mais le risque absolu reste très faible. [1, 3]
  • EPI-PHARE estime qu’environ 67 000 femmes doivent être exposées pour observer un cas supplémentaire de méningiome opéré, et environ 17 000 lors d’une exposition supérieure à cinq ans. [2]
  • Le risque est plus important après 45 ans. [1,5]
  • Dans les données disponibles, le sur-risque n’est plus observé plus d’un an après l’arrêt. [1–3]
  • Il ne faut pas arrêter brutalement sa contraception sans avis médical. [1,4]
  • Il n’est pas nécessaire de consulter en urgence uniquement après réception du courrier de l’ANSM. [1,4]
  • Une IRM systématique n’est pas recommandée chez une personne asymptomatique. [1,4]
  • Le CNGOF considère que la balance bénéfices-risques reste très favorable pour l’immense majorité des utilisatrices. [4]
  • La manière dont ce risque rare a été communiqué à grande échelle fait l’objet de critiques de certains professionnels. [6–8]

Ressources complémentaires

Pour aller plus loin ou si vous êtes plus à l’aise avec les contenus audiovisuels que les articles écrits (votre sage-femme n’ayant pas l’esprit de synthèse, je vous le concède) le webinaire proposé par CoReSS Grand-Est est fait pour vous.

Bibliographie et sources

[1] Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Contraception à base de désogestrel et risque de méningiome : questions-réponses. Publié le 10 septembre 2026.

[2] Roland N, Kolla E, Baricault B, Zureik M, Weill A. EPI-PHARE. Contraception orale progestative et risque de méningiome intracrânien : une étude cas-témoins à partir des données du système national des données de santé (SNDS). Rapport final. 19 décembre 2024.

[3] Roland N, Kolla E, Baricault B, Dayani P, Duranteau L, Froelich S, Zureik M, Weill A. Oral contraceptives with progestogens desogestrel or levonorgestrel and risk of intracranial meningioma: national case-control study. BMJ. 2025;389:e083981. doi:10.1136/bmj-2024-083981.

[4] Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF). Désogestrel et méningiomes : les précisions du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français. Communiqué de presse du 15 septembre 2026.

[5] Assurance Maladie. Contraception à base de désogestrel 75 µg : l’ANSM informe les prescripteurs et les patientes. Publié le 11 septembre 2026.

[6] Robin G. Entretien sur RTL. Contraceptifs au désogestrel : pour ce gynécologue sur RTL, il ne faut « surtout pas » aller chez le médecin immédiatement, le risque de méningiome est « infinitésimal ». 10 septembre 2026. Les commentaires concernant le caractère de la communication ou ses motivations médico-légales correspondent aux déclarations et à l’interprétation du Dr Robin.

[7] Linet T. Formagyn. Le désogestrel 75 sauve des vies… Texte de vulgarisation professionnelle, 2026. Les commentaires concernant la stratégie de communication ou les motivations supposées de l’ANSM correspondent à l’analyse de l’autrice et non à une conclusion d’EPI-PHARE ou de l’ANSM.

[8] Linet T. Formagyn. Méningiome et progestatifs — « C’est quoi ce souk ? Un pill scare mon cher Watson ! ». Version 1.4 du 29 janvier 2026, support présenté à Profession Sage-Femme le 3 décembre 2025.

[9] Roland N, Neumann A, Hoisnard L, Duranteau L, Froelich S, Zureik M, Weill A. Use of progestogens and the risk of intracranial meningioma: national case-control study. BMJ. 2024;384:e078078. doi:10.1136/bmj-2023-078078.

[10] Weill A, Nguyen P, Labidi M, Cadier B, Passeri T, Duranteau L, Bernat AL, Yoldjian I, Fontanel S, Froelich S, Coste J. Use of high dose cyproterone acetate and risk of intracranial meningioma in women: cohort study. BMJ. 2021;372:n37. doi:10.1136/bmj.n37.

[11] Assurance Maladie. Méningiome : définition et causes. 5 novembre 2025.

[12] Tepper NK, Nguyen AT, Whiteman MK, Curtis KM. Progestin-only contraception and thrombosis: An updated systematic review. Contraception. 2026;159:110978. doi:10.1016/j.contraception.2025.110978.

[13] World Health Organization. Medical eligibility criteria for contraceptive use. 6th ed. Geneva: World Health Organization; 2025. ISBN 978-92-4-011558-3.

[14] Collaborative Study Group on the Desogestrel-containing Progestogen-only Pill. A double-blind study comparing the contraceptive efficacy, acceptability and safety of two progestogen-only pills containing desogestrel 75 micrograms/day or levonorgestrel 30 micrograms/day. Eur J Contracept Reprod Health Care. 1998;3(4):169-178. doi:10.3109/13625189809167250.

[15] Razzi S, Luisi S, Ferretti C, Calonaci F, Gabbanini M, Mazzini M, Petraglia F. Use of a progestogen only preparation containing desogestrel in the treatment of recurrent pelvic pain after conservative surgery for endometriosis. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol. 2007;135(2):188-190. doi:10.1016/j.ejogrb.2006.08.002.

[16] Iversen L, Fielding S, Lidegaard Ø, Hannaford PC. Contemporary hormonal contraception and risk of endometrial cancer in women younger than age 50: A retrospective cohort study of Danish women. Contraception. 2020;102(3):152-158. doi:10.1016/j.contraception.2020.06.008.

[17] Moyer DL, Felix JC. The effects of progesterone and progestins on endometrial proliferation. Contraception. 1998;57(6):399-403. doi:10.1016/S0010-7824(98)00047-X.

[18] Iversen L, Sivasubramaniam S, Lee AJ, Fielding S, Hannaford PC. Lifetime cancer risk and combined oral contraceptives: the Royal College of General Practitioners’ Oral Contraception Study. Am J Obstet Gynecol. 2017;216(6):580.e1-580.e9. doi:10.1016/j.ajog.2017.02.002.

[19] Iversen L, Fielding S, Lidegaard Ø, Mørch LS, Skovlund CW, Hannaford PC. Association between contemporary hormonal contraception and ovarian cancer in women of reproductive age in Denmark: prospective, nationwide cohort study. BMJ. 2018;362:k3609. doi:10.1136/bmj.k3609.

[20] Voormolen EHJ, Champagne PO, Roca E, Giammattei L, Passeri T, di Russo P, Marigil Sanchez M, Bernat AL, Yoldjian I, Fontanel S, Weill A, Mandonnet E, Froelich S. Intracranial Meningiomas Decrease in Volume on Magnetic Resonance Imaging After Discontinuing Progestin. Neurosurgery. 2021;89(2):308-314. doi:10.1093/neuros/nyab175.

[21] Graillon T, Boissonneau S, Appay R, Boucekine M, Peyrière H, Meyer M, Farah K, Albarel F, Morange I, Castinetti F, Brue T, Fuentes S, Figarella-Branger D, Cuny T, Dufour H. Meningiomas in patients with long-term exposition to progestins: Characteristics and outcome. Neurochirurgie. 2021;67(6):556-563. doi:10.1016/j.neuchi.2021.04.018.

[22] Yonis H, Løkkegaard E, Kragholm K, Granger CB, Møller AL, Mørch LS, Torp-Pedersen C, Meaidi A. Stroke and myocardial infarction with contemporary hormonal contraception: real-world, nationwide, prospective cohort study. BMJ. 2025;388:e082801. doi:10.1136/bmj-2024-082801.


Publié le 16 septembre 2026 par Célia OSSWALD
Dernière modification le 19 septembre 2026

Il ne remplace pas une consultation médicale ni l’évaluation individuelle d’une contraception avec votre praticien.ne habituel.le.